On se marie par amour. On se marie par dépit. On se marie par désir ou pour des raisons administratives. On se marie même pensant payer moins d’impôts. On se marie pour des tas de raisons. Mais, en islam, on se marie pour une et seule chose, pour un seul objectif : poursuivre l’adoration à deux.

Allâh le Très-Haut nous dit dans le Saint Coran :

Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent (Coran, sourate 51, verset 56)

Etre musulman, c’est en effet vouer sa vie à Allâh. Seul sur son tapis de prière ou en rang parmi ses frères à la mosquée, le musulman vit pour adorer Allâh. Si la vie d’un musulman est une vie dédiée à Allâh, a fortiori la vie de deux musulmans, en l’occurrence d’un couple, l’est aussi. Mais le passage de un à deux nécessite quelques mises au point.

Adorer Allâh tout seul est à la portée de tous, l’islam ayant été envoyé à toute l’humanité, celle des petits et des grands, des pauvres et des riches, des intelligents et des moins intelligents, des savants et des ignorants. A contrario, adorer Allâh à deux, c’est comme adorer Allâh tout seul… mais à deux. C’est précisément ce “deux” qui concentre toutes les difficultés, voire les impossibilités. Poursuivre l’adoration à deux quand on est célibataire et qu’on se marie nécessite sinon une certaine intelligence, tout au moins une préparation, et au préalable une réflexion. Il ne suffit pas d’adorer le même dieu pour réussir à bien l’adorer à deux. En d’autres termes, ce n’est pas parce que elle est musulmane et qu’il est musulman, que tous deux vont réussir à adorer ensemble Allâh.

L’islam peut être la cause du divorce

Aussi paradoxal que cela puisse être, l’islam peut être à la fois ce qui fait et ce qui défait un couple. Il est ce qui fait un couple, quand chacun sait ses droits et ses devoirs, remplit ses obligations et avance dans la satisfaction d’Allâh et la recherche de son agrément. Et il est ce qui défait un couple quand il devient l’enjeu, voire la cause de la discorde ; ce qui arrive malheureusement plus souvent qu’il ne semble et ce pour diverses raisons, dont les suivantes:

- on a naïvement cru qu’il suffisait d’affirmer sa croyance en Allâh pour s’entendre avec son/sa futur(e) ;

- on a négligé le profond décalage dans la conception même de l’islam ;

- on a refusé de voir que la vision de chacun ne s’accordait pas avec celle de l’autre ;

- on a remis à plus tard ce que l’on considérait comme secondaire ;

- on a fait confiance à l’intelligence de chacun, quand il s’agit de s’interroger sur la compatibilité religieuse.

Pour une histoire de crevettes

Ces différents écueils peuvent prendre diverses formes, dont, par exemple, l‘opposition d’écoles de pensée : en islam, différentes écoles juridiques se cotôient en bonne intelligence et offrent des interprétations parfois concordantes, parfois divergentes. Ces divergences s’expriment tant dans les actes d’adoration que dans les actes de la vie quotidienne. Ainsi, un acte interdit par l’école de pensée de l’imam Abu Hanifah pourra être autorisé par une ou plusieurs autres écoles.

lui est hanafi, elleest malikite. Il ne mange pas de crevettes, elle en mange et en raffole. Lui considèrant, conformément à son école de pensée, que c’est haram d’en consommer exigera que ses enfants n’en mangent pas. Elle, qui en a toujours mangé chez ses parents, voit d’un très mauvais oeil cette interdiction. Et le conflit éclate. Shaytan raffolant de ces petites choses ajoute son grain de sel et ce qui ne devait être qu’une divergence d’opinion devient un feu qui consume le couple et peut mener jusqu’à le réduire en cendres.

La crevette n’est en rien responsable. Pas plus que dans les cas de conflit entre le frère tablighi et son épouse salafiya, qui, naïfs, n’ont rien vu de la sévère incompatibilité qui les destinait à ne jamais s’unir. Ni entre celle dont l’exigence de respect strict de la sunna s’accommode mal avec celui qui entre juste en religion et qui peine à s’acquitter de toutes les obligations. Ni entre le musulman pratiquement dont la profession de foi ne dépasse guère le joli cadre offert par le voisin revenu du hajj et qui trône au-dessus de la télévision et la musulmane pratiquante, fidèle aux préceptes islamiques.

Veiller à ce que l’adoration d’Allâh soit comprise et menée de la même manière par chacun des conjoints, voilà qui nécessite prudence et réflexion. Faute de quoi, on va tout droit à la catastrophe.

(Dans le prochain billet, il sera question de la compatibilité des personnes. A suivre…)

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