L’amour est une composante essentielle dans un couple. Pour sa cohésion, pour sa pérennité, pour son bien-être et tout simplement pour sa survie. Pourtant, nous avons affirmé dans le précédent billet que le choix du conjoint ne doit pas se fonder sur l’amour.

Se marier sans aimer, voilà une bien drôle d’idée ! Pourtant, rien de plus élémentaire et de plus logique, quand on y regarde de plus près. Tout le monde sera d’accord si on dit que l’amour est ce sentiment qui amène l’amoureux à porter un regard positif sur l’être aimé et, en conséquence, à s’y attacher. L’amoureux est alors dans une disposition favorable à l’égard de l’être aimé, favorable, comme le dit le Robert (le dictionnaire pas le pilier de bar de Leclerc), “à l’égard de ce qui est senti ou reconnu comme bon”. S’ensuit alors un intérêt vif pour tout ce que fait l’autre, tout ce que dit l’autre, tout ce que semble être l’autre. Tel est l’amour. Nul n’aurait rien à redire à tout cela, si ce sentiment ne devenait trop souvent le seul critère pour juger de ce qui est bon ou mauvais chez l’être aimé.

D’ailleurs, si l’amour devient le seul critère pour choisir son conjoint, c’est parce qu’il n’y a pas vraiment d’autres critères. Hormis quelques-uns, assez vagues : il faut qu’il soit pieux, elle doit être intelligente, il doit être respectueux et affectueux, elle doit vouloir des enfants, il faut qu’il ait de l’humour, etc. Bref, la future moitié doit être banale. On comprend dès lors la difficulté de se marier : la banalité court les rues. Des gens banals, on en trouve partout : la boulangère, le coiffeur, le voisin, son fils, sa fille. Si on ajoute le critère musulman, le nombre de conjoint(e)s potentiel(le)s décroît mais le problème n’est pas pour autant résolu puisqu’au final on ne se marie qu’avec une seule personne. L’amour devient le seul critère, car, noyé dans ce vide, dans ce trop-plein de “chépa-moi”, il demeure la seule manifestation concrète de l’intérêt pour l’autre.

Parce que elle ressent quelque chose quand elle voit lui et vice versa, quand elle entend parler de lui, quand il entend parler d’elle, quand elle pense à lui, quand il pense à elle, parce que ce sentiment provoque des effets indéniables sur son état physique et émotionnel, alors ce quelque chose devient à ses yeux une preuve irréfutable de son intérêt, par voie (insensée) de conséquences, de la nécessité de faire sa vie avec. Il se produit ainsi un étrange phénomène qui inhibe la raison et fausse totalement la réalité.

(à suivre)

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