Faire entrer un carré, un rond ou un triangle dans le bon emplacement, c’est à la portée d’un enfant de maternelle. Il est tout de même nécessaire à cet enfant de bien observer l’objet qu’il a dans les mains. Est-ce la bonne couleur ? la bonne taille ? la bonne forme ? Sans cette observation préalable, il lui faudra de nombreuses tentatives avant de trouver le bon emplacement. Impossible en effet de faire passer le triangle à la place du carré ou du rond, sauf à forcer violemment.

Convenir à quelqu’un, et donc espérer ou prétendre se marier avec, c’est d’abord lui correspondre. C’est pourvoir s’imbriquer à lui. Ce que je suis doit être tel que je puisse m’unir à l’autre. Ce que je suis, non ce que je veux être. De même qu’il ne suffit pas à l’enfant de décréter que tel emplacement sera celui du triangle, de même vouloir s’unir contre tout bon sens à une personne n’est pas raisonnable. C’est presque une lapalissade que d’affirmer cela. Presque, seulement, car ça ne l’est pas. Et si cela n’est pas suffisant, c’est parce qu’il est nécessaire de bien prendre conscience que c’est un triangle et pas un carré qu’on a dans les mains, qu’il est rouge et pas vert, qu’il a telle caractéristique et telle autre particularité. Sans un examen préalable, on ne peut pas véritablement savoir si l’on a bien trouvé celle ou celui qui convient. Cet examen peut (doit ?) prendre la forme d’un autoportrait

Autoportrait

Faire son autoportrait, c’est accepter de se regarder en face, de poser des questions sur soi-même. C’est connaître et reconnaître ses défauts, ses qualités. C’est admettre tel trait de son caractère. C’est en somme se regarder. L’exercice n’est pas aisé, parce qu’il n’est pas naturel de regarder d’abord ses défauts. On pense spontanément avant tout à ses qualités. On se sait généreux, serviable, marrant. On a toutefois un peu plus de mal à admettre qu’on est avare, toujours en retard et pas très regardant en matière d’hygiène. Mais là n’est pas le point le plus délicat : faire son autoportrait c’est aussi et peut-être surtout prendre conscience de ce que l’on déteste, de ce que l’on ne supporte pas, de ce que l’on ne veut pas. Si je ne supporte pas les ronflements de mon père qui dort dans sa chambre, porte fermée, comment vais-je supporter mon époux qui se transforme en tracteur au milieu de la nuit ? Si j’ai besoin de vivre près de mes parents, comment pourrais-je supporter de rejoindre ma future à 1 000 km de chez eux et me résoudre à ne voir ma famille qu’une à deux fois par an ? Si, si, si. Autant de si que de défauts, de situations, de comportements qu’on ne supporte pas quand il s’agit de nos frères et soeurs, de nos amis, de nos voisins ou encore de nos collègues de travail. Or, il n’y a aucune raison que les choses changent avec le mariage. Il n’y a aucune raison que l’on se mette du jour au lendemain à accepter ce que l’on détestait la veille. Bien au contraire. Incarnés par celui ou celle qui devient la personne la plus proche, ces défauts prendront à nos yeux des proportions incroyables ; ce qui est bien normal : un collègue qui ne se lave guère dérange bien moins que celui ou celle qui partage notre lit et qui serait tout aussi négligeant. Et cela est valable dans les deux sens : il n’y a aucune raison pour que le sale que je suis trouve grâce aux yeux de la maniaque du savon qui a attiré mon attention.

Pour éviter ce genre de situation, il faut donc se connaître soi-même. L’autoportrait devient l’outil qui permet alors de bien choisir son ou sa futur(e) partenaire. On s’interroge sur sa propre représentation, sur sa propre vision du monde, des autres, sur ce que l’on croit être et surtout sur ce que l’on est. Bien entendu, l’exercice a ses limites. La sincérité ne suffit pas. Faut-il encore que l’on soit objectif. Or, ce n’est tout bonnement pas possible si l’on restreint cet état des lieux à notre propre personne. Il faut en outre, pour être efficace, solliciter ses proches, ses amis et leur demander de tracer notre portrait : comment ma famille, mes amis me perçoivent ? quelles qualités apprécient-ils chez moi ? quels défauts constatent-ils ? que dois-je améliorer et cultiver selon eux ? ou au contraire tenter de supprimer ?

Savoir ce que l’on est permettra de savoir ce que l’on veut. Faire son autoportrait, c’est dessiner les premiers plans de son mariage.

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